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Geary Street

octobre 28, 2007

Je découvre. Comme un semi-touriste. Là, mais pas encore là.
Dans mon meublé provisoire, seul comme un mercenaire, perdu dans la grande ville inconnue, je m’accroche à Geary Street comme à une bouée de sauvetage. Je connais la rue par coeur, de Union Square à Van Ness, que je prononce Vanesse dans ma tête.
Les sirènes des pompiers rivalisent avec les sirènes de police, et je crois à chaque seconde devenir le figurant d’un épisode des Experts. Vu trop de films, trop de séries. Pourtant ces américains-là sont bien réels, pas aussi beaux et bien coiffés que dans leurs programmes, plus humains.

Sur Geary, on affronte un homeless tous les cinq mètres. Sales, en majorité noirs, ceux-là aussi sont bien réels. Je me rends compte à quel point la France est unique. Je le savais, mais je le constate, avec une touche de romantisme naïf digne d’un BHL. Pas de Samu social, pas de pitié. Chacun de mes pas est un refus. Pire qu’à Cuba. "Non, tu n’auras rien brother". Je m’endurcis tous les dix mètres. No comprendo.

Il y a ce type, qui s’est mis à marcher près de moi, au même rythme, même pas, me racontant son histoire comme si nous étions de vieux amis. Nous avons marché plus de 100 mètres l’un à côté de l’autre, lui, les pieds presque nus, moi, tranquille dans mes baskets. J’ai senti soudain dans le ton de sa voix qu’il allait devenir plus entreprenant, limite agressif. "Leave me alone, please". J’avais l’air sérieux, dirty Vinvin, et lui habitué. Et le même cirque cinq mètres plus loin, un autre, une autre. Les homeless restent dans le centre car ils n’ont pas la force de grimper la colline. Ils font partie du décor, junkies vomissant, abandonnés. Celle-là, écroulée dans sa crasse, allongée en foetus sur un matelas de vieux San Francisco Chronicles, la tête dans un fond de café Starbucks renversé, s’est mise à péter tout ce qu’elle avait au moment où je passais ! Petite nausée.

J’avance, j’avance, jusqu’à ce cinéma. "Dan in real life", avec Steve Carell (The Office) et Juliette Binoche, remarquable. Pendant les cinq premières minutes, je cherche les sous-titres, qui n’en finissent pas de ne pas venir. Je m’y fais, ça passe ; à entendre les rires, je n’ai raté que cinq ou six répliques. Un excellent film, drôle, émouvant, simple, exactement ce qui me fallait pour entretenir mes émotions, maintenir l’excitation de cette grande aventure . Je regarde un film Américain, entouré d’Américains. Dans l’obscurité de la salle, on se croirait chez nous, les sous-titres en moins.

Il est à peine 20h00 et j’ai faim. Seul au bar, je commande un verre de Bordeaux et une Flammekueche. Mélange étonnant mais c’est tout ce que je trouve. Je pense à ma famille et à tout ce qu’il reste à faire pour que le puzzle soit complet. Rentré dans mon meublé provisoire, je me branche sur ESPN et tente de regarder du foot américain entre les pubs. Pas moyen. C’est insupportable. 3 minutes de programme, 3 minutes de pub.

Il est 21h19 et je vais me coucher avec un bon bouquin : du Voltaire en Français page de gauche, en Anglais page de droite, histoire de cultivate my garden tout bien comme il faut. Je sens monter en moi l’énergie de l’explorateur, une excitation de chaque instant, une extraordinaire envie d’avancer.

To be continued…

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24 commentaires leave one →
  1. Gilles permalink
    octobre 28, 2007 2:09

    Considère que tu vis là un p’tit purgatoire(Purgatory in english, mais si, tu sais, la ville joliment repeinte en rouge suerl es injonctions de Clint) et tu apprécieras à donffe le retour z’à Paris, façon fils progigue magnifique.
    Et on en profitera pour se boire des coups à notre santé!
    A bientôt mon pote…

  2. octobre 28, 2007 3:17

    ben mon gars, quelle aventure… j’suis on my ass !
    which fly did bite you, if I can say ?! non, vraiment ?
    but have fun, that’s all that matters

  3. octobre 28, 2007 4:06

    Beau billet, mon gars. T’as dû manger la flammekueche la plus triste de la planète ce soir-là. Mais cette expérience un peu dure vaut sans doute la peine. J’aime bien le ton de ton billet. Et si dans ta tête tu étais venu à SF pour autre chose que Seesmic ?

  4. octobre 28, 2007 4:55

    Fais zy donc un podcast… On aime bien tu sais…
    Bean.

  5. octobre 28, 2007 5:27

    Sans déconner, tu me fais rêver avec ton histoire.
    T’as du cranc pour faire ça. J’admire. Et puis, en plus tu nous le racontes si bien. Je ne sais pas si tu auras le temps de toujours le raconter mais rien qu’un petit bout, c’est cool.
    Merci de nous faire partager ces moments.

  6. octobre 28, 2007 5:33

    Ouais à la télé, ils montrent pas trop la glauquitude.
    Vinvin, reviens
    Vinvin reviens!
    Vinvin reviens parmi les tiens!
    😉

  7. octobre 28, 2007 6:30

    Putain, tu me fais trembler mais je paierai pour faire ce que tu fais. Vis-le à fond, tu as raison !

  8. octobre 28, 2007 6:40

    effectivement tous les homeless sont dans ce quartier, autour de ce que nous appelons « l’Armée du salut » qui leur premet d’avoir un petit repas chaud le matin et le soir…une partie d’entres eux est déséquilibré mental, restent donc dans ce quartier qui est leur vie…et puis depuis que Reagan a effectué une loi visant les hôpitaux psychatriques et la suppression de moyens, impossible pour eux d’avoir un suivi…dîtes donc c’est pas très gai pour un dimanche soir ça…

  9. octobre 28, 2007 6:45

    Bonne chance !

  10. octobre 28, 2007 7:09

    Prochain billet, en français à gauche et en anglais à droite, ok ?

  11. octobre 28, 2007 7:10

    Prochain billet, en français à gauche et en anglais à droite, ok ?

  12. octobre 28, 2007 8:11

    A 4 tu te sentiras mieux !

  13. octobre 28, 2007 9:00

    Pff tu m’as fait décrocher de Ratatouille t’es chiant, même à des milliers de kilomèters.
    Des bizettes

  14. octobre 28, 2007 9:02

    le meublé y a mieux pour le moral, enfin la webcam avec les tits bouts ca doit aider.

  15. octobre 28, 2007 9:45

    wow…

  16. octobre 28, 2007 9:48

    Le foot américain en fractionné, en effet, ça ne doit pas être top. Je connais des trucs à faire en fractionné plus amusants! A bon entendeur salut

  17. octobre 28, 2007 10:10

    C’est bien de penser en terme de défis.
    C’est pour ce genre de billets que j’aime bien aussi ce que tu veux donner de toi ici.

  18. Aix permalink
    octobre 29, 2007 12:56

    sorry… but why are you still in San Fran?

  19. lôtre permalink
    octobre 29, 2007 1:02

    PI-1> Pour le restaurant j’ai un peu fouiné sur internet et j’ai trouvé ça: W.W. 577 Buckingham Way (between 20th Ave & Winston Dr) San Francisco, CA 94132 (ça peut toujours servir, hein ?!? )
    Sinon avant d’en arriver à l’option ci-dessus (en vous souhaitant de ne pas avoir à l’utiliser 🙂 ) J’ai trouvé des noms de restos sympas (les nom , les restos je sais pas) sur ce site :
    http://www.oubouffer.com/restaurant/san-francisco,-ca
    Rien qu’au nom je vous conseillerais ces trois là :
    Plouf (Provence) 40 Belden Place, San Francisco, CA, 94104
    First Crush (Traditionnelle) 11 Cyril Magnin St, San Francisco, CA, 94102
    Kiss (Japonais) 1700 Laguna Street, 94115 San Francisco, CA
    Avec une préférence pour « Plouf » (à condition de ne pas noyer votre solitude passagère dans l’alcool (Plouf !))
    Il semblerait qu’il y ait beaucoup de bon restos à Frisco (rien que le nom met en appetit ). En plus, vu que c’est très cosmopolite on doit pouvoir y gouter des cuisines de tous horizons, mais moi ce qui m’intéresserai c’est de savoir quelle est la « vraie cuisine traditionnelle de San Fransisco » les recettes du coin (avec des produits du coin) genre,,je sais pas, des ormeaux à la frisco (si les ormeaux c’est sur la côte ouest ?))
    Alors si vous allez manger dans un resto insolite, de la cuisine qu’on ne voit qu’à Frisco, siouplait monsieur Vinvin, pouvez-vous nous faire une vidéo aux petits oignons et la balancer sur Seesmic, qu’on en profite un peu ?

  20. Aix permalink
    octobre 29, 2007 1:05

    et vous avez raison a propos de 50/50 sport et publicite’..insupportable 😦

  21. Sixpacka permalink
    octobre 29, 2007 9:09

    Salut Vinvin,
    un p’tit conseil pour sortir boire un coup:
    Chesnut drive, surtout les bars mexicains pour leurs grandes cuves de margaritas à tous les parfums.
    I’m a poor Vinvin cowboy…

  22. octobre 29, 2007 1:39

    juste un petit conseil (si c’est faisable) quand une émission t’intéresse, enregistre la, tu sauteras les coupures pub 😉 c’est ce que je fais quand j’y vais…

  23. oli permalink
    octobre 29, 2007 3:27

    Moi la question que je me pose quand je lis ce post c’est comment fait ce type pour frequenter le meur, sadisme masochisme?, quelque chose de plus intime entre vous encore, ou c’est l’echo que tu entends dans son crane quand tu lui parles (les homeless ca doit l’interpeller quand meme lui qui run trop vite pour les voir..) qui te fait rigoler et te rassures
    Sinon bonne chance pour votre machin enfin surtout à toi, homme lucide, merci de nous rappeler ce que coute au quotidien le reve americain..

  24. octobre 30, 2007 3:47

    ah, un petit appart dans le Tenderloin.. Quand j’etais la-bas cet ete, j’ai hallucine combien Geary Street et ses homeless etaient si proches de Union Square.
    Au cas ou tu n’y sois pas encore alle, va jusqu’a Little Italy (North Beach). Ce n’est pas tres loin, et c’est genial. A voir la-bas deux institutions de SF : Citylights (bookstores), et juste a cote le Vesuviio, un chouette bar… Tu m’en diras des nouvelles !
    bises

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