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(Texte FR) Entertainment.2.0 : pourquoi l’UGC fait peur à la TV ?

mars 14, 2008

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L’UGC (User Generated Content : contenu généré par l’utilisateur), techniquement, est une masse effrayante de zombies armés de caméras, de webcams ou de téléphones, formés à enregistrer le moindre mouvement de cet homme politique, de ce chihuahua, de cette claque administrée à cet administré ou encore de son propre postérieur qu’on voudrait voir passer à la postérité. Pas de quoi divertir les foules avouez-le. L’image pour l’image, peut importe ce qu’elle imprime, se repend comme un témoin du temps qui passe. Big Brother conçu par Little Brother lui-même. Nous épions nos rires, nos angoisses, échangeons nos dépressions ou nos fiançailles avec qui veut bien l’entendre ou le voir. De ce grand brouhaha visuel ou textuel ne naitront certainement pas des programmes capables de rivaliser avec Survivor ou Lost. Dormez tranquilles producteurs…
Certes.

Alors d’ou vient le danger ? Pourquoi les grosses chaines et les grands groupes medias sont-ils si obsédés par l’UGC ? Ont-ils peur de ce contenu ? De ce gars avec son caméscope ? Non, non, rassurez-vous. Le danger ne vient pas du Programme qu’il réalise. Le danger est mille fois supérieur. Mille fois plus profond. Il vient du Comportement qui le pousse à se filmer…

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La télévision a tué un temps le conseil de village et le diner familial. Pendant 50 ans, nos regards ne sont plus croisés autour d’une table, ils se sont tous retournés vers la boite noire, tellement divertissante. La télé a tué le groupe, la famille, le couple, la transmission des savoirs, le temps de l’écoute et du partage. Gavé a la sauce télévisuelle, je sais m’être coupé du monde bien souvent, refugié, abandonné, soumis aux programmes avec la délectation de celui qu’il ne faut pas déranger. Combien de fois ai-je préféré regarder plutôt que parler… Bien sûr, je me suis instruit, informé, diverti, j’ai trouvé d’autres substances pour enrichir mon besoin de savoir, planqué derrière de bonnes excuses. Le bras tombant le long du canapé, changeant de chaîne sans regarder la télécommande, connaissant chaque touche par cœur, comme un aveugle.  "Tu ne vas quand même pas regarder cette merde ?". Si. Laisse moi. Je suis fatigué ca me fait du bien. Comme ça je ne pense à rien…

Bureaudesk
Internet, les blogs, les podcasts, les mobiles, la vidéo, Youtube, Dailymotion, Skype, MSN, et les autres sont venus réveiller nos flammes. Nous nous sommes levés, redressés, assis droit sur la chaise de bureau, pour sortir à nouveau et recommencer à parler. Homo micro dans le disque dur, connecté à n’importe qui, n’importe quand, n’importe où. Bien sur, le mal étant fait, nous n’avons pas choisi de parler à nos proches. Il serait bien inutile de s’adresser à ma femme par Skype quand je l’entends qui couche les petits… Non, nous avons directement sauté une étape, franchi les barrières. Le village est devenu mondial, désormais accessible. Télépathie, télé partie. Et les possibilités sont infinies.

Loft
Toujours initiée par les geeks, les techno-early-adopters, la technologie s’est étendue a tous. Les ados, le doigt sur le texto, l’œil sur l’IM, l’oreille dans l’iMachin et le pied sur le joystick, sont devenus over communicants, en réseau, symbole d’une nouvelle « blabla génération » qui n’en finit plus de s’interpénétrer, en douceur mais en profondeur. Génération bavarde et voyeuriste, tombée dans la marmite Loft Story, qui aborde le monde de manière globale et transparente, accessible, chose dont nous n’avons pas bénéficiés, nous les trentenaires (et plus)…

Le monde, pour eux, est accessible. Les peuples peuvent se parler. Les explications sont enfin données, pas seulement par CNN ou TF1, mais aussi par Mauricio ou Yasmina, là où ça se passe. La nouvelle génération est mondialisée, élevée a la sauce organique tendance bio, capable d’obtenir une information en moins de dix secondes, quand je me souviens avoir passé une journée entière a Beaubourg pour photocopier 38 pages d’un livre de Kissinger. Génération copiée-collée qui va devoir apprendre à trier l’information, le bon grain de l’ivraie, quand nous devions, quant à nous, nous contenter de lire ce qu’on nous donnait a lire… Merci Lagarde, bravo Michard.

L’entertainment.2.0., c’est la capacité des producteurs et diffuseurs à comprendre que le spectateur, d’ici quelques temps, ne sera plus seulement (toujours un peu) cette masse informe gavée à la médiocrité, mais un cerveau non disponible qui s’adonne à plusieurs activités en même temps, surfant sur son desktop, sautillant de softs en softs, zappant les pubs, communiquant plus que tout autre chose : la communication elle-même devenant source d’entertainment, pas seulement un moyen, mais aussi une fin.

Communiquer devient un loisir. Parler devient un divertissement. Le premier concurrent de la Starac devenant mon besoin de m’exprimer…

Le « user », dans ce contexte, n’est plus ce simple numéro, cet URL, qui produit de l’image médiocre ou du texte à deux balles. Le user génère du besoin, de l’échange, de l’émotion, et cette vidéo à deux balles n’est qu’un maillon d’une chaîne bien plus complexe : elle le constitue.

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Notre expression quotidienne, quelque soit sa forme, nous constitue. Elle nous livre à l’autre, via Facebook, le blog, Google, MySpace et autres. Identité numérique qui se construit malgré nous, archivant chacune de nos grimaces, mémorisant chacune de nos opinions. Peu à peu, vous et moi nous appartenons, et à moins de débrancher le routeur, sommes liés pour longtemps. Bien sûr, je ne vous livre que ce que je veux, mais la frontière qui sépare mon moi privé de mon moi public se réduit insidieusement, à mesure que j’affirme mon existence par tous les moyens, à travers tous les outils. Demain je peux couper les vannes, bien entendu, mais je devrai me résoudre à revenir à un réseau plus modeste, celui d’avant, mes amis, mes proches, tous ceux qui sont à portée de voix. Revenir au village en silence, loin du bruit de la ville. Il faut pouvoir supporter…

L’entertainment.2.0. va donc consister, pour les chaines de télévision et les producteurs, à opérer une profonde mutation. Comprendre que la structure descendante de la chaine de production, du créateur vers le user, ne passera pas la prochaine génération sous cette forme, ou en tout cas n’obtiendra plus les mêmes resultats. Ils devront aussi comprendre que le temps de création d’un projet aujourd’hui, entre 8 et 18 mois pour la moindre production, ne correspond plus au temps réel de cette blabla génération qui débarque et s’impatiente. Immédiateté, un besoin-une réponse, une envie-une satisfaction, le tout gratuitement s’il-vous-plaît. La télé court derrière les masses, pendant que les masses se divertissent.

La solution ?

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Ecouter. Parler. Ecouter encore. Rentrer dans la conversation. La blabla génération passe son temps à s’exprimer, à formuler des attentes et des frustrations. Père de famille marié, plus vraiment ado, je me considère pourtant en faire partie, de cette génération qui en a assez gobé et peut maintenant tout recracher. Je peux parler de mon n95 en toute liberté, de mes convictions religieuses, je peux demander à ce Japonais ce qu’ils écoutent en ce moment à Tokyo, je peux utiliser la musique de cette Irlandaise qui a du talent dans le mashup que j’ai réalisé avec une vingtaine de personnes réparties dans le monde entier. Si je veux, je peux dire à cette New-Yorkaise que je ne suis pas d’accord avec ses convictions, mais que je serai ravi d’en parler avec elle en chat, en live ou en asynchrone*. Et si elle peut me filer des tuyaux pour mon voyage aux States ce serait sympa…

Un monde illimité d’applications est en train de naître sur Internet, qui constitue autant de raisons de se détourner de l’observation passive pour muter progressivement vers l’expression active.  L’expression comme loisir. À la question « mais tu perds pas trop de temps à bloguer sur ton ordinateur ou à parler à des inconnus ? », je réponds maintenant tranquillement que « non, je communique, c’est un loisir chez moi… ». Ce qui va grignoter les parts de marché des grosses chaînes, ce ne sont pas les programmes du web (moins d’argent, moins d’audience, moins de revenus), c’est le temps de cerveau indisponible d’une population qui a décidé de communiquer. Pour les revenus ; pas besoin de paniquer… Des millions de gens communiquent, aujourd’hui par texte, et les revenus sont gigantesques, merci Google. La vidéo et l’audio ne vont pas tarder à trouver leur marsouin financier. Que personne ne s’inquiète.

*asynchrone : en temps décalé, ne nécessitant pas de se parler en même temps. Je poste, tu me réponds plus tard…

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12 commentaires leave one →
  1. lôtre permalink
    mars 15, 2008 12:39

    Hein ???

  2. lôtre permalink
    mars 15, 2008 2:06

    Bon, OK, en gros je suis d’accord , la télé c’est fini, maintenant c’est toutinternetetblabla , on est tous des StevenspielClintEastWoopyGolanGlobus en puissance. Mais là, moi j’étais en train de « regarder » « Earl » sur M6, alors je crois que je suis pas encore prêt pour la grande communipartouzazimut. Mais c’est pas grave hein ?!?, je pourrais toujours répondre plus tard, en asynchrone, sur seesmic. et peut être que d’ici là seesmic sera devenu synchrone. en tout cas là, maintenat il est deux heures du matin (en France )et moi je vais aller me coucher pour rester synchrone avec mon fuseau horaire. ;-).
    Allez , bonne fin de journée chez les cow-boys.

  3. ouam permalink
    mars 15, 2008 3:46

    Finalement ce qui serait bien c’est que tu nous filmes tout ça avec ton copain barbu, l’anglais et Giselle …

  4. ana permalink
    mars 15, 2008 5:04

    I want to talk to Lôtre (en francais)

  5. mars 15, 2008 5:39

    Evidemment cela part d’une bonne intention (…et promis, je n’ai pas vu la publicité insidieuse pour Seesmic !). Je crois que tu as raison sur le fond mais pas sur la délimitation. Sur le fond, c’est certain depuis que le monde est monde l’homme converse avec l’autre aussi bien par le geste, la parole ou l’image (du dessin à la vidéo). Quant à la délimitation… je crois que tu confonds la foule (ce dragon à mille tête comme dirait Lebon) et une avant garde éclairée. La foule est un groupe à un corps qui réagit en fonction du message que tu délivres à ce corps, donc hyper sensationnel (les sens tout çà…). L’avant garde éclairée, c’est nous : hyperconnectés ou aussi appelés l’over class. Une élite qui s’exclue elle même par ses propres moyens de communication…

  6. mars 15, 2008 7:51

    Attends, tu serais pas entrain de nous dire qu’Internet n’est pas qu’une simple mode et que c’est là pour durer ? Si ?
    Pfffui…Hé ben, si ça se confirme, je te dis pas hein, c’est carrément la fin du minitel.

  7. mars 15, 2008 7:56

    oh putain… mais je serai presque d’accord avec Mry… non de dieu que ça fait tout étrange dedans moi…. NONNNNN je ne veux pas mettre de pantalon orange ! ! ! (ni de jean crade qui tient debout tout seul)
    Bon, pour une réponse plus sérieuse, c’est pas l’heure pour moi…
    Sinon, la télé à tout de même encore de beau jour devant elle, tant que des gens (une grosse partie de la population quand même) ne maitrise pas internet, n’y prend pas autant de plaisir que nous et rentrera fatigué d’une journée de travail (ou autre) et préféra rester passif devant un écran !

  8. cocolastico permalink
    mars 15, 2008 11:19

    Moi je dis que c’est dommage… On arrive à se parler à travers un écran d’ordinateur, derrière une webcam mais on est bien incapable de dire bonjour à son voisin, sa boulangère, le mec que l’on croise tous les jours dans le métro et qui va travailler au même endroit que nous.
    Tu dis que les jeunes parlent, communiquent de plus en plus…. mais c’est un peu comme la télé. La caricature c’est le gamin collé derrière son écran qui parle à Steeve à 12 000 kms de là et les parents seuls dans la salle à manger en train de laisser reforidir le roti-purée… Ou est la communication dans la famille..? Combien fois j’ai vu dans des bars pleins des jeunes seuls derrière leur portable sur des sites de tchats. Mais ou est la vraie communication…?
    Le comble c’est de tchater avec le mec du deuxième tous les soirs et quand on le croise on le regarde même pas…! Et lui non plus, ne nous regarde pas…
    Je ne sais pas si j’ai été très clair dans mes explications et si j’ai bien retranscris ma pensée. Certes nous communiquons plus mais nous communiquons à travers quelque chose et ça c’est dommage…!

  9. sandiet permalink
    mars 15, 2008 5:22

    Mouais, on a tout de même rien fait de mieux que la CB pour rapprocher les gens.
    Vinvin, tu me copies ?
    Un gros 88 à tous.

  10. mars 16, 2008 12:39

    Totalement d’accord. Je viens de parler de communauté et j’en arrive à la même conclusion : l’individu.

  11. Laurent2 permalink
    mars 16, 2008 12:25

    Article très intéressant, très éclairé, que complète bien mry et cocolastico. En tout cas le constat est là, objectif. Maintenant, est-ce qu’on veut vraiment ça ? Est-ce qu’on doit subir avec le net ce qu’on a subit avec la télé ? Est-ce qu’on n’a vraiment pas le choix, jamais le choix ?
    Le constat que tu fais sur la TV (50 ans pour casser la famille, le couple, le dialogue de proximité) est vraiment pas réjouissant…
    Maintenant, le net qui, tout en nous permettant des dialogues longues distances, nous coupe des dialogues de proximité, est-ce que c’est vraiment cool ???
    L’exemple de cocolastico « bars pleins des jeunes seuls derrière leur portable sur des sites de tchats » est très parlant ! Et ça ce n’est que la face visible ! Faut se dire que dans chaque immeuble, une multitude de solitudes tentent de rentrer en contact avec l’autre, avec le monde, sans toujours y parvenir. Notre environnement immédiat perds de sa consistance, il ‘est plus qu’un support à d’autres activités communicantes.
    Je me demande sincèrement si c’est un vrai progrès.
    En me risquant à un pronostic, je dirai que la prochaine génération sera communication-less et découvrira, ébahie, que le monde réel vaut aussi la peine d’être vu et expérimenté. Elle saura remettre à sa juste place cet environnement communicant qui aujourd’hui ressemble plus à une prothèse, qui pallie au manque de communication, qu’à une avancée majeure.
    On sait trop bien ce que les technologies nouvelles peuvent provoquer, en bien comme en mal. Et si pour une fois on décider de choisir ce qu’on veut vraiment ? Et si on revenait en arrière de 50 ans, on saurait mieux utiliser la télé ? On ne préfèrerai pas, finalement, discuter autour du rôti, plutôt que devant la boite noire ?
    En tout cas bravo sur cet article, qui soulève bcp de questions passionnantes 🙂

  12. mars 17, 2008 4:30

    L’astuce pour continuer de dialoguer avec ses proches et sa famille c’est de se mettre loin d’eux. Après il ne reste plus qu’a utiliser les moyens traditionnels (skype, msn, facebook) pour parler à ses parents (à qui j’ai collé une caméra et skype) et ses proches (du même age qui eux ont tous une caméra et skype)
    Pour donner une idée, je suis parti en Thaïlande 4 ans et maintenant je suis à Paris ou je continue de blogger en anglais cette fois pour mes amis et ma famille à Maurice et la foule silencieuse qui continue de me lire 🙂
    Ah oui il y a le blog aussi 😀

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